Le meilleur du style scandinave à la design week de Stockholm

Dans le Monopoly des design weeks mondiales, la « Stockholm Furniture & Light Fair » fait dorénavant figure de case à ne manquer sous aucun prétexte. Le décryptage en cinq tendances.

La « Stockholm Furniture & Light Fair » est un salon pionnier au sens propre. Sa création en 1951 coïncide avec l’envolée du design scandinave, dix ans avant le premier Salon du Meuble de Milan. La manifestation a longtemps modestement ciblé le seul marché nordique, mais cela n’est plus le cas aujourd’hui. Pour preuve : un quart d’acheteurs internationaux a convergé vers la capitale suédoise début février, et pas seulement pour refaire sa garde-robe chez Acne Studio ou se ruer vers les nouvelles adresses dédiées à la bistronomie locale. Car loin d’être figé dans la citation passéiste, le design made in Scandinavia ne cesse de se réinventer et associe, en toute fluidité, hommages et expérimentation, artisanat et innovation. Si le design scandinave est doublement durable, c’est que sa philosophie s’appuie sur des tendances éthiques et stratégiques parfaitement en phase avec les attentes sociétales contemporaines : conscience écologique infusée dans le quotidien, réunion de designers en collectifs reléguant le diktat de l’ego créatif aux oubliettes, co-brandings au service de la démocratisation du style, dynamisme de l’univers du contract qui prend en compte la pratique croissante du co-working, émergence de petites marques indépendantes et de nouveaux circuits de distribution redéfinissant le mode de rémunération des designers (qui en ont bien besoin…). Voici une sélection des meilleures propositions de cette 65e édition.

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Chaises Howdoyoudo et Giardini de Björn Dahlström pour sa marque Articles

Simplicité mais pas austérité : la Scandinavian Pride

Que ce soit chez Articles, la nouvelle marque indépendante lancée par Björn Dahlström, dont « l’objectif est de devenir une plateforme créative pour le design contemporain », à commencer par ses propres créations ou Woud, jeune éditeur danois marchant sur les traces de Muuto et de Hay (étagère suspendue en trompe-l’œil Stedge de Leonard Aldenhoff), on ne peut que constater que l’épure, si emblématique du design scandinave, n’a pas pris une ride. Mieux : les archétypes sont librement convoqués comme sources d’inspiration par la nouvelle vague de talents nordiques : Note Design Studio dévoilait ainsi la chaise Figurine, chez Fogia, tandis que le prototype de tabouret Vava, de la jeune Norvégienne Kristine Five Melvær, apparaissait comme un hommage sensuel à celui d’Alvar Aalto chez Artek.

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Mobilier pour un espace de co-working par l’agence Form Us With Love (FUWL)    Jonas Lindström

Contract : bienvenue dans le monde du co-working

Conséquence de l’attention traditionnellement accordée à l’aménagement des espaces publics dans ces démocraties avancées que sont les pays nordiques, les marques spécialisées dans le marché du contract sont en position dominante en Scandinavie. Après l’ergonomie, intensivement explorée depuis la fin des années 60, c’est désormais le traitement acoustique et les solutions intelligentes pour l’implanter au sein des open-spaces et autres lieux dédiés au co-working qui cristallisent non seulement les dernières innovations techniques, mais également les audaces créatives. Les plus remarquées ? Les dalles murales en fibres de bois et de ciment non teintes, posées comme des motifs chevrons, dessinées par Form Us With Love (FUWL) pour Baux ; les paravents Wind, en forme de pétales, de Jin Kuramoto pour Offecct ; ou encore « Nest », de FUWL pour + Halle, une série inédite de fins canapés haut perchés grâce à leurs pieds métalliques inspirés des chaises d’arbitre et pouvant avantageusement faire office de séparateurs d’espaces. Enfin, avec les accessoires très sobres en frêne (mini-étagère, patère, miroir) à suspendre sur les parois de bureaux signés Nina Jobs pour Abstracta, l’élégance s’invite réellement dans les environnements de travail.

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Éléments de « Pause for Harmony », une ligne initiée par Iittala et Issey Miyake.

Génération(s) Ikea

Le designer suédois Gillis Lundgren s’est éteint en début d’année à l’âge de 86 ans. Il est le créateur de Billy, l’étagère la plus vendue dans le monde, et l’inventeur du conditionnement flat pack, qui a joué un rôle clé dans le succès de l’enseigne suédoise (dont le catalogue est également la publication la plus lue dans le monde, NDLR). Au même moment, Ikea dévoilait lors de la design week la collection capsule « Viktigt », développée avec cette grande dame de la céramique et du verre qu’est Ingegerd Råman, 73 ans*. Plus transgénérationnel que jamais, le géant du design démocratique a ouvert Space 10, un laboratoire prospectif indépendant, à Copenhague, et inspire des start-up qui institutionnalisent de façon ultra-chic la tendance du Ikea hacking, le fait de détourner en les bricolant les meubles Ikea. C’est le cas de la jeune marque Superfront, qui propose en ligne ou dans son showroom à Östermalm, en plein centre de Stockholm, un choix plus que désirable de portes, pieds et poignées « 100 % Ikea compatibles ».
* Le National Museum de Stockholm lui consacre une rétrospective jusqu’au 14 août 2016.

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Meuble Ikea « hacké » par la marque Superfront

Think small !

Le mythique slogan publicitaire de Bill Bernbach, « Think Small ! », imaginé pour le lancement de la Coccinelle VW sur le marché américain au début des années 60, pourrait parfaitement définir le parti pris par de nouvelles collections présentées à Stockholm début février. Cela vaut pour la toute nouvelle ligne pour enfant, Acne JR, initiée avec l’étagère de la collection « Room » composée de blocs modulables et signée Erik Olovsson (Studio EO) et Kyuhyung Cho. Ce dernier fait également partie de la dream team de designers de la très jolie marque taïwanaise NakNak (à suivre absolument !) qui, outre Kyuhyung Cho, édite depuis son studio de Stockholm des créations signées TAF Architects, Erik Olovsson, Yenwen Tseng, Matti Klenell, ou Yun Li. Difficile, enfin, de faire plus think small que Smaller Objects, le label imaginé par Mårten Claesson, Eero Koivisto et Ola Rune pour commercialiser des créations autofinancées, qui touchent alors – une première de taille ! – 75 % de royalties sur les ventes. Une démarche qui a d’ores et déjà séduit Luca Nichetto, Jin Kuramoto, Nendo ou Ingegerd Råman. Et la typologie du tabouret, petite pièce de mobilier par excellence, continue d’inspirer les designers comme en atteste la série « Frankie Family », du duo franco-suédois Färg & Blanche, pour Johanson Design.

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Série d’assises « Frankie Family » du duo franco‑suédois Färg & Blanche  (Johanson Design)

L’ego est mort, vive le collectif !

Historiquement, l’appellation « design scandinave » apparue dans les années 50 pour vendre au reste du monde – et surtout aux États-Unis – une offre de mobilier démocratique, mais non communiste, était déjà une démarche concertée des cinq pays nordiques. Il n’est donc pas surprenant de voir que les propositions les plus créatives sont plus que jamais, aujourd’hui encore, le fait de collectifs de designers. On connaissait Front et Claesson Koivisto Rune (CKR), des trios, il faut aussi impérativement compter avec Form Us With Love (FUWL), qui fêtait à Stockholm dix ans de design pragmatique et disruptif avec une rétrospective au dernier étage de la Konstakademien. Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, la chaise Janinge (Ikea), c’est eux, les panneaux isolants Baux, aussi. Fondé en 2008, le collectif Note Design Studio a également été célébré lors de la Stockholm Design Week avec une exposition au musée ArkDes pour l’architecture, scénographiée par la styliste suédoise Lotta Agaton. L’occasion de revoir, dans une vaste salle au magnifique parquet brut, des créations déjà (re)connues comme le tabouret Bolt (La Chance), ou encore des nouveautés telles que l’étagère Arch (Fogia). Les marques aussi font cause commune : Iittala dévoilait son co-branding avec Issey Miyake, baptisé Pause for Harmony pour souligner le goût commun de la Finlande et du Japon pour la nature et le silence ; et Wästberg a inauguré un nouveau showroom partagé avec Mass Productions. L’occasion de mettre en avant w164, le lampadaire d’esprit Bauhaus très réussi du jeune designer berlinois Dirk Winkel, et w103, la version sur pied de la lampe iconique d’Inga Sempé.

 

Article de Anne-France Berthelon paru sur le blog Thegoodlife.thegoodhub.com

 

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