La mobilité, nouveau graal des fabricants de meuble ?

Rétrospective du 54e Salone del Mobile de Milan

Mobilité, voyage, nomadisme domestique… Le mobilier serait-il finalement moins statique qu’il n’y paraît ? 

La mobilité est décidément dans l’air du temps. À preuve, la multitude de propositions sur ce thème phare dévoilées au dernier Salon du meuble de Milan, qui s’est déroulé du 14 au 19 avril, au Parc des expositions de Rho ainsi que dans moult lieux de la capitale lombarde, galeries, showrooms et autres grandioses palazzi. D’ailleurs, outre de nombreuses firmes automobiles, un signe ne trompait pas : l’invité surprise, la « vedette américaine » devrait-on dire, n’était autre que la société californienne Airbnb. Une première pour ce célèbre site de location de meublés qui, pour l’occasion, a investi provisoirement n’est-ce pas sa philosophie ? un splendide palais de style baroque, le palazzo Crespi, afin d’y exhiber les résultats d’une recherche menée avec Fabrica, centre de design de l’entreprise Benetton, et intitulée Housewarming, traduction : « Pendaison de crémaillère ». Une vingtaine de designers se sont ainsi penchés sur le concept de l’accueil et autres rituels de bienvenue, l’Indienne Nikita Bhate imaginant, par exemple, une étonnante paroi-bougeoir truffée de bougies, histoire de réserver « l’accueil le plus chaleureux possible ».

De périples tous azimuts, non plus à travers la planète, mais à l’intérieur de l’espace domestique, il en fut aussi question dans cette édition 2015. On disait le mobilier, par essence, statique. Que nenni ! Il est plus mouvant que jamais. Au point de se demander si cette « mobilité » n’est pas devenue le nouveau Graal des fabricants de meubles. Avec l’invention du « segment » Outdoor, le mobilier « passe la porte » au sens propre, grâce à des matériaux quasiment imperméables. En témoigne cette nouvelle collection dessinée par Patricia Urquiola pour B&B Italia et baptisée, comme par hasard, « Butterfly ». Pour alléger encore l’objet à transporter, Ronan et Erwan Bouroullec, eux, ont perforé jusqu’à l’extrême leur chaise Stampa (Kettal), voire même, avec leur chaise Belleville (Vitra), « arrondi les angles » au maximum, afin que lesdites chaises puissent s’empiler sans le moindre effort les unes sur les autres. Dans un autre registre, mais toujours au rayon « assises », on ne compte plus le nombre de sièges repliables en un clin d’oeil : le fauteuil de réalisateur Stanley de Philippe Starck (Magis), le tabouret pliant Stool de Patricia Urquiola et la chaise Beach de Maarten Baas (Louis Vuitton)… Pour la firme américaine Emeco, l’Anglais Jasper Morrison a dessiné la chaise Alfi, faite entièrement en polypropylène et fibre de bois recyclé, comportant dans la partie basse du dossier une sorte de chas dans lequel on enfile sa main pour la déplacer aisément. Ses compatriotes Edward Barber et Jay Osgerby, de leur côté, ont carrément baptisé Pilot leur dernier fauteuil pour Knoll. Une invitation au voyage ?

mobilité meuble neosquat

Pour peu, on imaginerait presque les objets prendre eux-mêmes la poudre d’escampette. Ainsi en est-il de l’étagère flexible Popworm de Ron Arad (Kartell), rééditée en couleurs flashy, ou de la suspension Olmo de Giulio Iacchetti (Artemide) qui, toutes deux, se tortillent tels des reptiles. D’autres, moins terre à terre, comme les chaises Papilio de Naoto Fukasawa (B&B Italia) ou Remo de Konstantin Grcic (Plank), évoquent plutôt la mythique Fourmi d’Arne Jacobsen, prêtes à déambuler sur leurs frêles gambettes. Si certains meubles simulent le mouvement, à l’image du tabouret Cirque de Martino Gamper (Gebrüder Thonet Vienna) ou de la table Sfera de Ron Gilad (Molteni), dont le pied, pour peu, se déhancherait pour muter en un hula hoop endiablé, d’autres bougent réellement. Ainsi en est-il du rangement Couliss de Philippine Lemaire (Cinna), dont un élément coulisse comme son nom l’indique, du lit relevable Hop & Up de Sandra Planchez (Ligne Roset), façon « usine à gaz », ou du miroir Palanco des frères Bouroullec (Glas Italia), lequel se meut de haut en bas et vice versa grâce à un système complexe de câbles, poulies et autres contrepoids. Un brin alambiqué pour un simple coup de peigne ! Certaines pièces, pourtant, restent des énigmes, comme si le voyage entre dessin et produit fini avait subi un bug. Ainsi la chaise Twig d’Oki Sato (Alias) que l’on croirait non achevée, le matériau étant, par endroits, littéralement interrompu. A contrario, le siège Mutation Series de Maarten De Ceulaer (Cappellini), lui, semble déborder de matière, sans doute gavé aux OGM… D’autres, enfin, semblent tout droit provenir d’un voyage dans le temps, comme cette collection de petits objets en bois centre de table, plateau, table d’appoint…, intitulée « Réaction poétique », concoctée par Jaime Hayon (Cassina) en hommage à Le Corbusier, mais qui fait davantage penser à l’oeuvre du peintre Joan Miró.

Tant qu’à faire, côté « déplacements », pourquoi ne pas aller jusqu’à rêver de tapis volants ? D’autant que, cette année, à Milan, dans ce secteur, les articles ont été légion. On peut retenir cette première collection de la marque néerlandaise Moooi, dont les très colorés Amoeba de Bertjan Pot et Scribble du collectif Front, ainsi que, autre première également, la ligne de tapis Cork & Felt, Bold, Duotone et Multitone dessinée par Hella Jongerius pour Danskina, autre firme batave dans laquelle elle exerce en tant que directrice du design. Bon, certes, ce n’est point un tapis volant, mais plutôt un étonnant « matelas volant » ou presque, une surprise en tout cas que ce sofa intitulé Matrizia, imaginé par le fantasque Ron Arad (Moroso). Dans le plan vertical, cette fois, et non plus horizontal, une flopée de cloisons amovibles se déplacent à l’envi dans l’espace pour le découper au gré des envies. Ainsi en est-il des écrans Uffici de Nitzan Cohen pour Mattiazzi et des « parois » extensibles Privacy Panel d’Atelier Oï chez USM ou Membrane de David Trubridge chez Offecct.

mobilier et mobilité neosquat

A contrario, les adeptes du « voyage intérieur » opteront, eux, pour… le papier peint. Ainsi, la maison Hermès présente Jungle Life, d’après un dessin signé Robert Dallet, tandis que le fabricant néerlandais NLXL, avec la ligne « Obsession » de Daniel Rozensztroch, propose carrément un tour du monde à travers une collection de cintres de tous les pays. À l’occasion, le sol, lui aussi, peut se faire fenêtre, comme en témoignent ces carreaux de ciment conçus par la décoratrice India Mahdavi pour Bisazza, aux motifs optiques un brin pop, dont certains ne sont pas sans rappeler le formidable travail d’Athos Bulcão sur les azulejos de Brasilia. Voyage toujours avec la maison Louis Vuitton qui, elle, agrandit sa collection intitulée justement « Objets nomades », avec, entre autres, la chaise Concertina du duo israélien Raw Edges, qui s’ouvre telle une fleur, la balancelle Cocoon des Brésiliens Fernando et Humberto Campana, ainsi que la lampe-baladeuse Surface du Japonais Oki Sato, arborant une délicate recherche de perforation du cuir. Le nomadisme domestique se fait décidément chic. Chez Campeggi, la Japonaise Sakuka Adachi a imaginé le lit de camp Foresta, en forme de tente. Sponsorisé par la manufacture horlogère suisse Vacheron Constantin, un étudiant de l’École cantonale d’art de Lausanne (Écal), le Français Alexis Tourron, a quant à lui conçu, avec Patricia Rochat, une artisane sellière helvète, une besace haut de gamme en cuir et en rotin baptisée Aventure romantique, un « sac de pique-nique qui aspire à l’évasion ».

Au Salon des luminaires Euroluce, l’évasion se fait, on ne peut mieux dire, à la vitesse de la lumière. D’ailleurs, la production 2015 invite au périple intergalactique. Ainsi en est-il de cette multitude de suspensions qui ressemblent à des astres : Mesh, de Francisco Gomez Paz, et Stochastic, de Daniel Rybakken, pour l’italien Luceplan; Nebra, de Sebastian Herkner (Fontana Arte), Heracleum Endless, de Bertjan Pot (Moooi), Droplets, de Jan Plechac et Henry Wielgus, pour Lasvit, ou, toujours chez ce dernier verrier tchèque, cette installation interactive et cinétique de Petra Krausová baptisée Supernova : une suspension pesant pas moins de 2 600 kilos de verre soufflé, qui s’active au moindre mouvement d’un quidam évoluant à proximité. Ultime preuve de mobilité, mais cette fois, à l’échelle de l’Univers.

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/week-end/culture/expositions/021116346060-la-mobilite-nouveau-graal-des-fabricants-de-meuble-1127717.php?AeTzjgbiYzUjvOcO.99

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